Du buzz à la réalité

Anja Reschke a été invitée à donner son opinion sur le premier thème du jour de l’émission Tagesthemen de la 1re chaîne allemande ARD. 
Elle n’a rien « présenté ». 
Ce n’est pas une « présentatrice», c’est une journaliste directrice de l’info, une rédactrice en chef de La NDR, la Norddeutsche Rundfunk, la chaîne régionale du nord de l’Allemagne.

  
L’émission Tagesthemen (Sujets du Jour) de la 1re chaîne allemande ARD donne régulièrement la parole à un-e journaliste d’une antenne régionale, qui commente, seul-e sur fond bleu, le premier sujet présenté dans l’émission. Généralement, ce commentaire est critique. Dans l’édition du 5 août, c’était au tour d’Anja Reschke, directrice du département Politique intérieure des programmes télé de la NDR et rédactrice en chef des émissions thématiques Panorama. La NDR, c’est la Norddeutsche Rundfunk, la chaîne régionale du nord de l’Allemagne, qui diffuse depuis Hambourg et couvre quatre Länder.

C’est donc bien sur la première chaîne nationale que la journaliste Anja Reschke, de la NDR, a été invitée à donner son opinion sur le premier thème de l’émission. Elle a réagi selon un rituel bien établi au sujet principal du jour : les commentaires enragés contre les immigrés et les réfugiés sur les réseaux sociaux. 

Ce faisant, Anja Reschke a simplement rappelé des principes fondamentaux : les appels à la haine sont illégaux, leur prolifération se concrétise dans des faits graves — on a recensé des dizaines d’incendies criminels contre des centres de réfugiés en Allemagne —, il n’est pas possible de les tolérer ; la justice seule n’est pas suffisamment efficace contre la haine sur les réseaux : la population doit s’en mêler. 
Que cet appel ait fait le buzz montre qu’une partie de la population n’attendait que ce « coup de gueule » salutaire pour se manifester, partager la séquence, dire ce qu’elle en pensait. Une démonstration qui devrait inciter les médias à rappeler, à leur tour, que l’expression du racisme sur les réseaux, sans même se cacher derrière un pseudo, relève gravement le seuil de tolérance de la société aux actes racistes proprement dits. C’était ça et seulement ça, l’info liée à Anja Reschke cette semaine. Pourquoi tant de journaux sont-ils tombés dans le panneau du buzz ?

Je vous invite à lire le texte intégral de l’intervention d’Anja Reschke qui a, ensuite, été assaillie de commentaires encourageants mais aussi de commentaires horribles qu’elle a rediffusés en soulignant bien le nom de ces répondants qui se sont rendus à leur tour coupables d’incitation à la haine raciale.

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« Supposons que je dise publiquement : “Je trouve que l’Allemagne devrait aussi accueillir des réfugiés économiques”, que se passerait-il selon vous ? 

Ce n’est qu’une opinion. On peut l’exprimer. Il serait aussi bien qu’on puisse en discuter sur base d’arguments objectifs. 

Mais ce n’est pas ce qui se passerait si je le faisais. Je me prendrais un flux de commentaires haineux. “Kanaques de merde, que va-t-on encore leur céder, trop c’est trop, on devrait les brûler.” Ce genre de choses. Comme d’habitude. 
Jusqu’il y a peu, les auteurs de ce genre de commentaires se cachaient encore derrière un pseudonyme. Mais désormais, cela se fait de plus en plus ouvertement, sans cacher son identité. Apparemment, ce n’est pas plus gênant. Au contraire. Des phrases comme “les ordures, on doit les noyer en mer.” obtiennent des encouragements enthousiastes et des paquets de j’aime. Celui qui n’était qu’un petit quidam raciste jusque-là trouvera ça tout à coup terriblement agréable.
Bien sûr, on peut dire “oui, bon, il y aura toujours des idiots, au mieux, ignorons-les” mais ce ne sont pas que des mots. Au contraire, il y a déjà des incendies criminels contre des centres de réfugiés. Les tirades de haine sur Internet ont depuis longtemps enclenché les processus de dynamique de groupe. Le nombre d’actes de violence d’extrême droite a grimpé. 
Ça ne peut pas durer. Bien sûr, il y a la possibilité de poursuivre les auteurs de ces messages haineux. Cela se fait de plus en plus. Un de ces semeurs de haine sur Facebook, un Bavarois, a été condamné à une amende pour incitation à la haine. Ça peut déjà faire effet.
Mais ce n’est pas suffisant. Les rédacteurs de messages haineux doivent comprendre que cette société ne tolère pas leurs écrits. Du moins, si nous ne pensons pas que tous les réfugiés sont des parasites qui doivent être chassés, brûlés ou gazés. Dans ce cas, nous devons le leur faire savoir clairement. 
S’y opposer, dire les choses tout haut, résister, clouer ouvertement la haine au pilori, quelques blogs méritoires le font déjà. Mais il y en a trop peu. La dernière contestation des gens honnête date d’il y déjà 15 ans. Je pense qu’il est temps de remettre ça. Et je me réjouis d’avance des commentaires qu’on postera à propos de… mon commentaire. »

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Source : Le blog de sel

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Rien de ce qui est humain ne m'est étrangé.
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